• Le parfum de Chalencon

     

    Le Parfum de Chalencon



    Didier Michel travaille avec l’orgue de 170 arômes, acheté au parfumeur Galimard. Il vient d’acquérir un autre orgue de 270 arômes qui lui permettra d’élargir encore l’éventail des assemblages. Créés sous sa marque “Dernier Nez”, ses parfums sont fabriqués par Galimard. À l’instar de “Ballade de Chalencon”, qui pourrait être le premier d’une longue série reflétant l’identité des villes et villages. Photos DL/Fabrice HÉBRARD



    Les échantillons de parfum posés sur la table suggèrent aux visiteurs qu’Arcachon et Menton sont aussi des parfums. Pas encore ? Didier Michel, ingénieur chromaticien sensoriel, a juste imaginé des assemblages.

    On entend l’océan quand on hume Arcachon. On perçoit une agréable senteur de citron quand on sent Menton. Mais aucune de ces deux villes n’a été associée aux assemblages. Un jour, peut-être, de nombreuses localités auront un parfum reflétant leur identité. Nyons la belle Drômoise s’en était dotée d’un à dominante de lavande et d’agrumes il y a deux/trois ans. Le charmant village de Chalencon en Ardèche s’y met aussi.

    Village de caractère, Chalencon a désormais un parfum à son nom, qui exhale délicatement son identité. Joliment baptisé “Ballade de Chalencon”, il a été présenté vendredi dernier à une foule d’invités.

    Quatuor d’arômes

    Ce parfum, c’est une symphonie d’essences, harmonieusement assemblées. Didier Michel le définit comme « un quatuor. Avec comme notes dominantes le miel, la pierre, les fruits/fleurs et les herbacées. »

    Ainsi que son nom le suggère, son créateur a « dû retrouver la promenade chromatique des rues du village. » Pour y habiter depuis six ans (un record !), il les connaît bien. Et dans leur moindre senteur, tant son nez sensible repère le moindre arôme.

    Didier Michel les a comme cartographiés dans un croquis, décliné en trois ensembles : les notes de tête, les notes de cœur et les notes de fond qui donnent sa longueur au parfum, le fixent. Puis il a élaboré cinq compositions présentant des dominantes différentes. Et les a soumises à son comité de sélection, composé de 10 testeurs, des conseillers municipaux entre autres dont le premier d’entre eux, le maire Alain Sallier.

    « Ballade de Chalencon est une coproduction », souligne Didier Michel, qui en avait soufflé l’idée à la municipalité arguant que « le parfum pouvait être emporté comme souvenir. »

    Un assemblage au goutte à goutte

    Deux échantillons sont retenus, les numéros 2 et 4. « Toute la difficulté a été d’assembler ces deux propositions. » Un mois et demi d’essais plus tard, Didier Michel parvient à créer une formulation équilibrée. Ça a été un travail de dingue. J’ai travaillé au goutte à goutte. Il faut trois/quatre jours pour corriger et attendre une dizaine de jours pour que la formulation se stabilise. » Jamais son nez ne sature. « Je peux travailler pendant des heures. Un vrai addict. »







    La nature réinventée

    Avec 22 % de notes de tête, 32 % de notes de cœur et 46 % de notes de fond, Didier Michel a harmonieusement associé des arômes de genêt, d’acacia, de tilleul, de lilas, de cassis, de lavande des Alpes, de musc blanc (« une merveille ! »), de muguet, de mousse, d’ambre verte (« fabuleux ») et de bien d’autres encore pour créer un parfum d’une étonnante finesse.

    « Je réinvente la nature autrement. » Sinon qu’avec “Ballade de Chalencon”, bien des Ardéchois « craquent complètement. » Se retrouveraient-ils dans ses effluves ? Rien n’enchanterait plus Didier Michel.